Asperger ou Haut Potentiel ? Comment distinguer les deux ?

Suite à mes premiers articles publiés sur le syndrome d’Asperger, j’ai reçu des messages de personnes qui se reconnaissent dans mes écrits et se posent la question d’être sur le spectre de l’autisme. Je me suis rendue compte que commencer ma série d’articles par le thème de la fatigue n’était pas une super idée. Chaque aspect du syndrome peut être confondu avec d’autres troubles ou pathologies. Quand je parle de fatigue dans les relations sociales, une personne à Haut Potentiel par exemple peut ressentir de la fatigue du fait d’être en décalage avec les autres. Les particularités alimentaires peuvent être semblables (en apparence) aux troubles alimentaires que rencontrent des personnes non-autistes. De même que les stéréotypies peuvent être confondues avec des troubles obsessionnels compulsifs.

Ce qui détermine le syndrome d’Asperger est d’une part l’origine exacte et la manifestation spécifique de ces symptômes, et d’autre part, le cumul d’un certain nombre de caractéristiques bien définies. J’aurais dû commencer par le commencement et lister les caractéristiques du syndrome d’Asperger avant de me focaliser sur les détails ou de suivre mon inspiration du moment.

Le point sur lequel il y a souvent confusion, c’est celui entre Asperger et Haut Potentiel (HP). En effet, certains traits du syndrome d’Asperger peuvent être communs (en apparence) à ceux du HP tels que les difficultés de communication avec les autres, une grande sensibilité, le fait de ne pas être dans le moule ou de ne pas trouver sa place… On peut aussi cumuler les deux auxquels peuvent s’ajouter d’autres troubles tels que le TDA/H (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité). Comme vous le voyez, ce n’est pas si simple et ça demande de la recherche et une bonne connaissance de soi. Dans le cas ou Asperger et HP se cumulent, le diagnostic est toujours plus compliqué car les caractéristiques du HP peuvent venir masquer ou compenser certaines difficultés liées à Asperger.

Pour écrire cet article, je me suis largement inspirée d’une conférence d’Alexandra Reynaud auteure des livres Les tribulations d’un petit zèbre et Asperger et fière de l’être, intervenue lors du Congrès de la Douance en 2017 à sur le thème des liens entre HP et Asperger. Cette conférence m’avait permise d’éclaircir ma situation, ayant eu beaucoup de difficultés à me positionner avant de me lancer dans une démarche de diagnostic.  

Vous allez me dire : « Mais pourquoi vouloir un diagnostic et se coller des étiquettes ? Accepte-toi telle que tu es ! » Si je n’étais pas en situation d’échec social comme je le suis et l’ai toujours été (engendrant isolement et précarité), je ne sais pas si j’aurais fait les démarches. Hélas, dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, le syndrome d’Asperger est un « handicap » parce qu’il est encore trop méconnu et mal compris. La reconnaissance du syndrome est souvent une étape libératrice qui permet à la personne Asperger de mieux se comprendre, de s’accepter et de pouvoir mettre clairement des limites aux attentes des autres, sans dévalorisation ni culpabilité. Alors oui, il y a toujours le risque de s’enfermer dans ces étiquettes. Mais à partir du moment où la volonté d’évoluer et de sortir de sa condition de victime est présente, le risque s’amoindrit considérablement. 

Dans cet article, nous allons passer en revue les manifestations courantes que l’on retrouve chez la personne porteuse du syndrome d’Asperger, et qui ne sont pas ou peu présentes chez la personne uniquement Haut Potentiel. Enfin, nous verrons comment les deux peuvent se superposer.

Les caractéristiques d’une personne Asperger 

Le syndrome d’Asperger est un trouble neuro-développemental situé sur le spectre de l’autisme à proximité de l’autisme de haut niveau, c’est-à-dire sans déficience intellectuelle. Attention, « haut niveau » ne veut pas dire « haut potentiel » et il y a souvent confusion entre ces deux termes. Un autiste dit de « haut niveau » est un autiste dont le QI est égal ou supérieur à 70. Bien qu’on retrouve des personnes à haut potentiel et parfois même à très haut potentiel sur le spectre de l’autisme, un autiste de haut niveau peut avoir un QI tout à fait dans la moyenne mais jamais inférieur. On peut également distinguer l’autisme de haut niveau de l’autisme Asperger. Même si la différence à l’âge adulte est moindre, il faut savoir que les deux ne se développement pas de la même manière. Chez l’autiste de haut niveau, il y a généralement un retard de l’apparition du langage. Chez l’Asperger, il n’y en aura pas, voire au contraire une précocité, ce qui lui confère un développement différent, basé essentiellement sur la parole.

Le syndrome d’Asperger ayant disparu du DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), toutes les formes d’autisme sont aujourd’hui regroupées sous le terme de Troubles du Spectre Autistique (TSA) et se caractérisent par : des déficits de la communication et des interactions sociales ainsi qu’un caractère restreint et répétitif des comportements et des intérêts

Déficit de communication et des interactions sociales

La difficulté majeure d’une personne Asperger se situe dans la communication. Plus précisément la difficulté à interagir avec les autres, à saisir l’implicite, les métaphores, les codes sociaux et le non-verbal. Elle fera également preuve d’un non-verbal très pauvre créant de nombreux malentendus ou mauvaises interprétations de ses paroles. Elle peut être perçue comme une personne naïve aux yeux des autres du fait de ne pas saisir l’implicite. Malgré tout, bon nombre d’Asperger ont une grande volonté de s’intégrer et vont donc tenter – maladroitement – de se conformer aux règles malgré les difficultés.

Le HP n’a pas de problème à saisir l’implicite, ni les codes sociaux. Bien au contraire, il les comprend tellement bien qu’il a généralement très peu envie de s’y conformer, de jouer un rôle social auquel il n’adhère pas. Cependant, il peut facilement faire semblant pour s’adapter aux situations sociales bien que ça lui coute en énergie. Alors que pour une personne Asperger, ça demandera beaucoup plus d’efforts et de gymnastique cognitive d’abord pour comprendre la situation puis pour l’imiter. Cela dit, l’Asperger peut évoluer grâce à l’expérience (d’autant plus s’il est HP) ou à l’aide de groupes d’habilité sociale.

Personnellement, jusqu’à l’âge de 18 ans environ, j’ai tenté en vain d’imiter les autres pour m’adapter à des situations qui m’échappaient totalement. Puis, lorsque j’ai eu accès aux livres, à internet, à la connaissance, le HP qui sommeillait en moi s’est brutalement réveillé, m’aidant à développer quelques habilités sociales même si celles-ci restent limitées, mais suffisantes pour passer inaperçues dans de brefs échanges sociaux. Toujours grâce à mes lectures, observations et expériences, j’ai pu comprendre des situations sociales ou codes sociaux qui m’échappaient totalement sans pour autant avoir le désir de m’y conformer. Par exemple, si je comprends un peu mieux le langage implicite entre homme et femme ou encore les notions de virilité ou féminité (que j’avais beaucoup de mal à saisir) je suis totalement incapable de m’y conformer et je n’en vois pas l’intérêt…

La difficulté à poser le regard 

Poser correctement son regard dans une interaction est un acte qui peut être difficile pour une personne autiste Asperger. Elle aura tendance à avoir un regard fuyant (ou au contraire, fixer un peu trop intensément), ce qui peut être mal interprété. En effet, dans le langage non-verbal d’une personne neuro-typique (non autiste), ne pas regarder dans les yeux est habituellement signe de gène, de mensonge ou d’absence de franchise. Ce simple geste, l’Asperger doit l’apprivoiser petit à petit, parfois en développant des stratégies de compensation telles que regarder la bouche ou entre les deux yeux. 

Pourquoi cette difficulté ? J’ai trouvé un article qui recense quelques unes des explications plausibles données par des personnes concernées. Dans mon cas, j’ai l’impression de ne plus avoir accès à mon cerveau dès lors que je regarde la personne dans les yeux. Je perds le fil de mes pensées et l’acte de parler devient difficile. C’est comme si ma manière de communiquer passait avant tout par le visuel, je « vois » dans mon cerveau tout ce que je vais dire avant de parler et je dois transformer ces nombreuses images mentales en mots. Dès que je regarde la personne dans les yeux, je n’ai plus accès à mon cerveau et je ne suis plus capable d’aller au delà d’une simple réponse basique. Ce qui m’amène souvent à répondre en écholalie, c’est-à-dire en répétant une partie de la question de mon interlocuteur, pour me donner le temps de « l’imprimer » dans mon cerveau et donc de réfléchir. Nous reparlerons de l’écholalie dans le paragraphe sur les stéréotypies.

Caractère restreint et répétitif des comportements et des intérêts  

Les intérêts spécifiques et obsessionnels 

Les personnes Asperger ont, pour la majorité d’entre elles, un ou plusieurs intérêts qu’on dit « restreints » ou « spécifiques » car ils accaparent la majorité de leur temps et de manière intense et répétitive. L’intérêt spécifique, c’est plus qu’une passion, c’est une obsession qui pousse la personne à accumuler et cataloguer le plus d’informations possibles sur un sujet spécifique. Elle aura du mal à s’intéresser à autre chose et aura tendance à orienter toutes conversations avec autrui vers son intérêt spécifique.  

Quand j’étais petite, mon intérêt spécifique, c’était les chats. Je parlais de chats à longueur de journée sans me rendre compte que je pouvais ennuyer les gens. J’avais une collection de chats bien sûr, un classeur sur les races des chats, j’avais peint mes propres chats sur le mur du placard de ma chambre. En 6ème, quand la professeur d’anglais a demandé d’illustrer la première page de notre cahier – sous-entendant, des symboles anglophones – j’ai dessiné… des chats. Autre exemple, lorsque je me suis prise de passion pour l’alimentation saine et biologique, intérêt que je faisais passer au détriment de mes études de Lettres, je faisais TOUS les salons bio de l’Est de la France et j’ai découvert à peu près TOUTES les boutiques d’alimentation biologique de l’Est de l’époque. Les salons et les boutique Bio étaient mon obsession.

Parfois les intérêts spécifiques sont moins marqués mais la personne présentera des intérêts particuliers pour des choses auxquelles les autres ne porteront aucune attention comme par exemple connaitre par coeur toutes les horaires de train. Quand j’étais petite, j’avais un intérêt pour les plaques d’immatriculation (je l’ai perdu lorsqu’ils ont modifié les plaques en 2009 😡). Je faisais des calculs et des combinaisons avec les chiffres et les lettres et reconnaissais les voitures des gens grâce à leur plaque d’immatriculation. J’ai aussi un intérêt assez marqué pour les plans de ville, de métro, les routes, les chemins de fer, etc… Récemment, je me suis mise à apprendre tous les départements de France en quelques jours, jusqu’à ce que je les connaisse par coeur et que je ne fasse plus aucune erreur. Cela a été une véritable obsession durant quelques jours qui m’a apportée beaucoup de joie et de satisfaction. Car oui, les obsessions et les intérêts restreints ne doivent pas être perçus comme quelque chose de négatif. Pour illustrer mes propos, en attendant d’écrire mon propre article sur mes obsessions et intérêts, je vous invite à lire cet excellent article du blog Le temple bleu qui résume bien ma manière de fonctionner : Les intérêts (pas si) restreints.

Chez les personnes à Haut Potentiel, on retrouvera également la présence d’intérêts marqués ou de passions mais celles-ci auront tendance à passer plus rapidement d’un intérêt à un autre. Elles ont soif d’apprendre et de comprendre le monde dans lequel elles vivent. Alors que les personnes Asperger se focalisent davantage sur des détails qui peuvent n’avoir aucun intérêt pour les autres, avec un but qui n’a pas vraiment de sens (le besoin de cataloguer des informations par exemple) le Haut Potentiel sera plus dans une dynamique de but à atteindre favorisant son évolution.  

Le besoin de routine et les difficultés à gérer les imprévus du quotidien 

La personne Asperger a généralement besoin d’un cadre, de repères et que les choses soient clairement définies. Elle a du mal à gérer les imprévus et les changements. Elle peut être très rigide sur les horaires, avoir un planning bien défini et si un imprévu se glisse au dernier moment, c’est la panique ! La stabilité et le fait que chaque jour se ressemble la rassure.

À l’inverse, le Haut Potentiel s’ennuie très vite dans la routine et a besoin de changement, de nouveauté, de surprise. Il a sans cesse besoin de relever de nouveaux challenges que ce soit dans sa vie privée ou professionnelle. Il aime rencontrer de nouvelles personnes et n’est pas déstabilisé quand quelqu’un passe chez lui à l’improviste, contrairement à un Asperger.

Sur ce point, j’ai eu beaucoup de mal à me positionner car je porte ces deux aspects antagonistes en moi. Les routines me rassurent, la routine me déprime. J’ai un grand besoin de repères, de mini routines quotidiennes, de stabilité. J’ai beaucoup de mal à gérer les imprévus, je déteste les changements de dernière minute à moins qu’ils soient bien cadrés. Je n’aime pas les « on verra au dernier moment ». J’ai besoin de savoir où, quand, comment et avec qui. Je n’aime pas qu’on sonne à ma porte sans m’avoir prévenue plusieurs jours à l’avance. Dans 95% des cas, je n’ouvrirai pas. Si j’étais en recherche de travail, j’opterais sans aucun doute pour quelque chose de répétitif et sans surprise. Un travail qui ne laisse pas de place à l’imprévu ou à l’ambiguïté.

Mais je sais aussi que je m’en lasserai certainement très vite… car paradoxalement, je ne supporte pas la routine. J’aime faire les choses de la même manière et en même temps, je n’aime pas que les jours se ressemblent. J’aime le nouveau et l’aventure, même si c’est toujours très déstabilisant pour moi. J’adore déménager, j’adore me créer de nouvelles habitudes, j’adore voyager, découvrir de nouveaux lieux voire même partir à l’aventure mais toujours dans un cadre plus ou moins balisé et seulement quand c’est moi qui le décide. Je peux faire une chose de la même manière durant un temps puis d’un coup en avoir marre, prendre un virage à 180 degrés et repartir sur une autre manière de faire durant des semaines. Le changement fait partie du processus d’évolution et je pense que c’est un facteur essentiel à la vie dont je ne veux pas passer à côté.

Le respect stricte des règles 

Une personne Asperger aura tendance à respecter strictement une règle ou un règlement tel que le code de la route, les horaires ou une consigne, une notice, la fonction d’un objet. 

Je peux être méga rigide sur des petits détails bêtes et insignifiants comme suivre un traçage pour piéton au sol, ne pas traverser en dehors des passages. Sauf s’il n’y en pas pas à moins de 100m, je ne suis pas maso non plus. Je vais avoir du mal à détourner un objet de son utilisation première pour une autre utilisation sauf si je suis dans une optique de « recyclage » ou de « récupération ».

Je vais respecter les règles et règlements à la lettre parce que « c’est comme ça » sauf dans le cas où ceux-ci me semblent profondément absurdes ou injustes, dans ce cas je vais suivre mes propres règles mais toujours avec une certaine rigidité et sans dévier de mon chemin.

Les stéréotypies 

Les stéréotypies sont des gestes involontaires qui rassurent. Ils peuvent se manifester par des frottements, des pressions, des balancements, du flapping (brasser du vent avec ses mains et ses bras comme un papillon) ou encore émettre des petits bruits ou pousser des cris d’animaux particulièrement chez les jeunes enfants. Les stéréotypies s’atténuent généralement en grandissant ou passent plus inaperçues.

Comme Marie-Josée Cordeau, auteur du livre Derrière le mur de verre et du blog 52 semaines avec une autiste Asperger, je frotte mes mains ensemble comme on le fait lorsqu’on a froid. L’hiver ça passe inaperçu, l’été sous la canicule, un peu moins… Je frotte mon visage très fort aussi quand je dois fournir beaucoup d’effort. Quand j’étais plus jeune, j’avais un peu de corne sur mes index à force de les serrer contre des bouts de tissus, tout comme Marie-Josée explique qu’elle a de la corne entre les doigts là ou les gens « normaux » n’en ont pas, à force de frotter ses doigts entre eux.

Pourquoi ces stéréotypies ? Ça va bien au delà du stress bien qu’elles soient intensifiées avec les émotions. Personnellement, je vois la stéréotypie comme une manière de me recentrer dans mon corps et dans l’espace. Je pense que les personnes autistes ont de gros problème d’ancrage, cela se voit généralement dans leur allure. De ce fait, nous perdons facilement la connexion avec notre corps et nous avons besoin de stimuli pour nous rappeler sa présence. Et ce, surtout lorsque les émotions nous envahissent qu’elles soient positives ou négatives. Nous avons du mal à ressentir, percevoir notre corps dans l’espace. Par exemple, si je n’ai pas de vêtements sur ma peau, j’ai du mal à savoir où est mon corps, à le ressentir, à le percevoir. Une stéréotypie telle qu’une pression forte ou un balancement permet de reprendre ma place dans le spatio-temporel et de savoir que je suis bien là, au moment présent. C’est un peu comme la personne qui se pince pour savoir si elle rêve ou pas.

Les stéréotypies peuvent aussi se traduire par le besoin d’aligner des objets. Cet acte permet de remettre de l’ordre dans le chaos perçu par notre cerveau. Aligner des objets fait du bien, détend. J’aime énormément aligner des objets, ranger des cartes « dans l’ordre ». Petite, je prenais beaucoup plus de plaisir à aligner des cartes ou ranger des jeux de société dans leur boite d’une manière bien précise plutôt que de jouer avec. Cela me calmait intérieurement et me soulageait du chaos que me procure le monde extérieur.

Enfin, l’écholalie est habituellement rangée dans la case des stéréotypies bien qu’à mon sens, ce soit davantage un déficit de communication. C’est pourquoi je vous en ai parlé plus haut. L’écholalie consiste à répéter en guise de réponse la phrase ou une partie de la phrase de son interlocuteur.

Autres particularités propres aux personnes Asperger 

L’hypersensibilité et l’hyposenbilité sensorielle

Bien que l’hypersensibilité sensorielle puise être présente chez des personnes non autistes et assez couramment chez les personnes à haut potentiel, ça reste une caractéristique très marquée chez l’autiste où on retrouve soit une hypersensibilité, soit une hyposensibilité ou parfois une variation des deux. 

L’hyper ou l’hyposensiblité peuvent concerner tous les sens :

  • La vue : ne pas supporter les fortes lumières ou au contraire, être attiré par les lumières et les objets brillants.
  • L’ouïe : ne pas supporter les bruits, être gêné par les bruits de fond dans une conversation ou au contraire être attiré par les bruits forts et stridents tels qu’une sirène.
  • Le toucher : ne pas aimer le contact physique, être sensible aux vêtements, aux textures alimentaires ou au contraire rechercher des sensations tactiles fortes telles que des pressions ou être insensible à la douleur.
  • L’odorat : être sensible à la moindre petite odeur ou au contraire, être en recherche d’odeurs fortes et désagréables.
  • Le goût : refuser de manger des aliments au goût prononcé ou au contraire, être en recherche de goûts très prononcés.

L’Asperger est également extrêmement sensible à son environnement. Il ressent tout avec une forte intensité et notamment les émotions des gens qui l’entourent. On dit souvent que les autistes manquent d’empathie, ce n’est pas tout à fait juste. Si les Asperger manquent d’empathie cognitive, (le fait de se mettre à la place de l’autre, surtout s’il n’a jamais vécu la situation), ils sont dotés d’une très forte empathie émotionnelle, beaucoup plus forte que chez une personne non autiste. 

Une grande maladresse physique

Les personnes Asperger présentent souvent des petites difficultés motrices, un manque de souplesse et de coordination des mouvements, leur donnant un air maladroit. Leurs gestes peuvent êtres lents, saccadés, mal coordonnés. Elles ont souvent une démarche un peu particulière et semblent ne pas habiter leur corps. De ce fait, elles peuvent avoir des difficultés dans des pratiques sportives ou encore pour passer le permis de conduire.

Ma mère me dit toujours que quand je marche, on dirait que je survole le sol. Je ne suis pas ancrée. Elle s’est toujours plus ou moins tracassée de mon air maladroit et des mes petites difficultés de motricité fine bien qu’elle ait mise cela sur le fait je sois gauchère. Mais la gaucherie n’explique pas tout. Mes gestes sont saccadés, pas fluides. Je manque cruellement de souplesse. Les activités sportives durant ma scolarité étaient ma hantise. J’étais encore plus nulle que les nuls, entre ma maladresse physique, mon incompréhension des règles, le manque du sens de la compétition et l’hypersensibilité sensorielle… un calvaire dont je me serais bien épargnée !

Les particularités alimentaires

Les personnes autistes peuvent présenter des difficultés avec certains types d’aliments, les textures, les couleurs ou encore les mélanges de saveurs et par conséquent être hyper sélectifs dans le choix de leur alimentation. Ces particularités peuvent avoir un impact sur la santé, d’autant plus si la personne présente une rigidité dans sa routine alimentaire (si elle mange toujours la même chose) ou être un frein à l’intégration sociale.

Mes premiers souvenirs de « bizarreries » alimentaires remontent à l’enfance où je mangeais tout nature (salade, crudités, frites, pâtes…) et ne supportais pas la vue et la texture des sauces, quelles qu’elles soient. J’avais beaucoup de mal à accepter les mélanges, je préférais les aliments séparés. Il y a des textures que je pouvais difficilement avaler comme certains aliments trop mous, trop liquides ou avec des morceaux. Par exemple, ajouter à des céréales croquantes un ingrédient liquide tel que le lait était visuellement et « texturellement » intolérable. J’ai aussi quelques réticences à manger des aliments de couleur rouge surtout s’ils sont mélangés à d’autres, comme les plats contenant des tomates. L’alimentation et la santé faisant parties de mes intérêts spécifiques (donc obsessionnel 😆 ), j’y accorde beaucoup, beaucouuuuuuuuup d’importance, par conséquent, je n’ai jamais présenté de problèmes majeurs liés à mes particularités. Pour en connaitre davantage, je vous invite à lire mon article Autisme et alimentation : mes bizarreries alimentaires.

Quand Asperger et HP se superposent

Dans sa vision de l’autisme, Alexandra Reynaud parle d’un spectre continuum dans lequel elle place l’autisme sévère à l’une des extrémités et le haut potentiel (sans autisme) à l’autre extrémité. Et entre les deux, on y retrouve l’autisme de haut niveau dont le syndrome d’Asperger. Ce qui fait qu’entre le syndrome d’Asperger et le Haut Potentiel, il y a tout un spectre avec des personnes qui partagent les deux avec des degrés différents. Je trouve cette théorie assez convaincante.

Lorsque j’ai découvert les caractéristiques d’une personne à Haut Potentiel, je me suis aussitôt retrouvée dans la majorité d’entre elles. Et pourtant, quelques-unes m’échappaient ou ne me parlaient qu’à moitié. Je sentais qu’il y avait « autre chose ». Le HP ne pouvait pas expliquer certaines de mes grosses difficultés de communication. Lorsque ensuite j’ai découvert le syndrome d’Asperger, j’étais sceptique, je ne m’y retrouvée pas d’une manière claire et évidente. Ce n’est qu’en regroupant les deux (Asperger et HP) que tout s’est éclairé.

Lorsque Asperger et HP se cumulent chez une même personne, elle aura d’autant plus le désir et la capacité à masquer ses difficultés, ses bizarreries, ses stéréotypies. Cependant, masquer ses difficultés ne veut pas dire qu’elles n’existent plus… elles seront seulement moins visibles aux yeux des autres. Les personnes qui cumulent Asperger & Haut potentiel sont d’autant plus difficiles à diagnostiquer du fait de leur sur-adaptation et de leur capacité à « sauver les apparences ». Cette sur-adaptation les pousse à fournir des efforts considérables qui un jour ou l’autre les conduise à l’effondrement qui peut se manifester par un pétage de plombs, une dépression. Rappelons qu’une étude a mis en évidence que le taux de suicide chez les personnes présentant des troubles autistiques sans être diagnostiquée et particulièrement chez les femmes est supérieur à celui de la population générale.

Comment cette superposition se manifeste chez moi ?

Si je prends mon cas pour exemple, je dirais que le Haut Potentiel me permet de masquer mes difficultés dans les situations suivantes :

– Ayant conscience du fait qu’un être humain évolue dans le changement, mon besoin d’évolution me pousse à aller au-delà de mes routines et rituels quotidiens malgré le stress qu’engendre le changement chez moi. Mes routines, rituels et obsessions sont toujours présents mais moins marqués.

– Ma conscience de blesser l’autre en étant trop directe ou en disant des choses socialement incorrectes me pousse à me retenir, à chercher ce qui est correct ou pas et par conséquent à prendre milles précautions dans ma manière de m’exprimer voire à me renfermer dans le mutisme. De ce fait, j’évite les gaffes sociales et mes difficultés passent inaperçues. Au pire, je passe pour quelqu’un de timide ou de froide et distante.

– Mes intérêts spécifiques sont intenses, obsessionnels mais très variés. Je vais aussi bien avoir des intérêts dénués de sens que j’évite d’étaler en public, étant consciente qu’ils n’ont d’intérêt que pour moi, que des intérêts favorisant ma propre évolution et l’évolution de ce monde que je mets en avant. Mes intérêts « bizarres » passent donc plus ou moins inaperçus.

– Si l’alimentation représente une difficulté, ma conscience qu’une alimentation saine est indispensable au bon fonctionnement d’un individu me permet de contourner certaines de mes difficultés et passent donc inaperçues.

– Apprendre les codes sociaux par l’observation me permet de comprendre par exemple que dans une interaction sociale, il est important de soutenir le regard de l’autre. Même si ça représente une difficulté pour moi, je me force à le faire un minimum, passant donc encore une fois inaperçue.

– Comprendre que les stéréotypies ne sont pas forcément très bien tolérées en public fait que je me retiens énormément en société et me lâche totalement chez moi. Mes stéréotypies passent plus ou moins inaperçues.

Il n’y a que l’hypersensibilité qu’il m’est difficile de masquer quoique, pendant longtemps je me suis retenue de boucher mes oreilles lorsqu’un bruit m’agresse (une sirène de pompier, un chien qui aboie…) mais dorénavant, je privilégie mon confort et ne me retiens plus.

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J’espère que grâce à cet article, vous pourrez cerner un peu mieux ce qu’est le syndrome d’Asperger et ainsi, le distinguer clairement du Haut Potentiel qui sont deux choses totalement différentes, bien qu’elles puissent se superposer.

 

 

 

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